Aujourd'hui...

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Aujourd'hui tout va bien... à 32 ans, je suis l'heureuse maman de deux petits garçons (1 & 3,5 ans) qui sont la joie de vivre incarnée. Le manque et la douleur sont toujours présents mais la vie s'est chargée de nous apporter d'intenses moments de bonheur, alors c'est comme cela que j'ai décidé de prendre les choses : aller de l'avant, car "c'est avec les vivants que l'on continue le chemin"...

Je prends donc la vie comme elle vient et la joie quand elle est là !

"Tout ce qui ne tue pas rend plus fort", disait l'autre... j'ai longtemps cru que l'allais mourir de chagrin et pourtant aujourd'hui : je suis là, debout, encore plus déterminée qu'avant à vivre passionnément.
 

Fée en vrai

Le voilà le cadeau que ma soeur m'a fait quand mon fils est né

La voilà cette petite fée qui se tient au dessus de lui sans bouger

Ma petite fille en vrai que je peux regarder à chaque jour de fait

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Ma fille, une fée

Bienvenue sur ce blog très intime...

Mon but est de vous emmener avec moi au plus profond des sensations ressenties lors du décès de ma fille ainsi que dans la vie d'après, quand on essaie de remonter la pente, puis quand tout va mieux mais que son nom résonne encore, tous les jours, au fond de nous...

Pourquoi ce blog ?

Pour que la mort d'un bébé sorte enfin du tabou et du silence,

Pour que la douleur soit enfin écoutée et partagée par ceux qui ont eu des enfants le "plus naturellement du monde" et qui n'ont jamais été inquiétés de la sorte,

Pour que les mères qui ont vécu la même chose se reconnaissent et se disent qu'elles ne sont pas seules.

Un blog pas toujours facile à lire, je le conçois, un blog à déconseiller aux plus jeunes évidemment. Un blog dont les textes ont été écrits en général quelques mois après les événements afin d'obtenir le recul nécessaire... Merci à tous de me lire.

Pour aller au SOMMAIRE, à la LISTE d'ARTICLES ou au RESUME DE L'HISTOIRE, cliquez...

 
Lilypie 4ème anniversaire Ticker 

46 000 visiteurs depuis la création du blog...

Qui que vous soyez... n'hésitez pas à me laisser vos commentaires.

Les mois s’étaient mis à danser tellement ils devenaient nombreux ; une farandole de mois écoulés qui faisait que je ne les comptais même plus… jusqu’à un soir tout à fait banal où j’éditais encore un article pour le blog consacré à mon fils : devant la bannière animée qui faisait le compte de ses jours de bonheur passés sur terre avec nous, je me suis tout à coup mise dans l’idée d’en mettre une aussi pour ma fille avec le décompte des jours passés sans elle, discrètement, tout en bas du blog.
Je suis donc entrée sur le site « Lylipie », j’ai mentionné la date de sa mort (et non pas de sa naissance, car c’est le jour de sa mort que j’avais choisi de retenir sur les deux dates), j’ai choisi un thème fleuri et romantique (un thème de fille, pensais-je, cela me changeait du bleu, du orange et du vert…), j’ai attendu le calcul de l’ordinateur et j’ai contemplé le résultat : 2 ans, 7 mois et 5 jours que notre petite fée nous accompagnait… tout ce temps avait passé ; presque trop vite.
 
Tout ce temps cependant, obsédée par la quête sans fin de mes souvenirs, j’avais cherché à me rappeler les traits de son visage ; avec plus ou moins de succès évidemment… combien de fois j’ai regretté cette satané rachianesthésie qui m’avait fait perdre mes facultés ! Combien de fois je m’en suis voulue à mort de ne pas avoir fait de photos, moi qui en prenait des centaines de mon fils, en faisait des cadres et des albums, des scraps et des montages tous plus révélateurs les uns que les autres de sa beauté… ! Combien de fois me suis-je mordu les doigts de ne pas avoir insisté auprès du médecin ? Combien de fois me suis-je haïe d’avoir renoncé ?!
Chaque jour je crois ; et cela faisait 944 jours.
 
Ce qui avait changé depuis quelques temps, c’était qu’une de mes amies avait récupéré la photo de l’une de ses jumelles, 7 mois après le drame, alors qu’on lui avait initialement dit qu’il n’y en avait pas. Encore une autre amie m’affirmait que les photos étaient obligatoires pour le corps médical, même en cas de refus des parents, et elle aussi avait obtenu sa photo, non sans mal devrais-je dire… car les médecins étaient plutôt réticents !
 
A l’époque, je n’avais pas insisté quand le médecin m’avait dit qu’il n’en avait pas prises… je ne savais pas à ce moment-là que cette photo était obligatoire, et que par conséquent, il devait me mentir ! Mais je n’avais pas la force de me battre à ce moment-là, j’étais anéantie et j’ai décidé de le croire… Ce qui m’avait mis la puce à l’oreille concernant la réticence du corps médical donner ces photos, c’était l’excuse donnée par le médecin légiste à qui j’avais demandé par la suite : comme par hasard, les fichiers informatiques correspondant à la période du décès de ma fille avaient disparu à cause d’un virus ! Qui ne penserait pas comme moi aujourd’hui, que c’est une excuse complètement  « bidon » ! On m’avait menée en bateau, menti… pour ne pas me donner cette photo que les médecins préféraient garder dans un dossier poussiéreux de peur qu’elle ne fasse plus de mal que de bien.
 
Certes, cette photo devait être atroce ; j’avais vu les photos des enfants de mes amies, je savais à quoi m’attendre : des photos souvent prises à la va-vite au polaroïd, les bébés tout juste sortis de nos ventres, pas encore nettoyés, le sang et les restes de membranes encore collés ; leur petit corps étalé sur un drap sans pudeur aucune, organes sexuels visibles, bras et jambes recroquevillés, la bouche souvent ouverte et figée par la mort, le cordon ombilical encore long que personne ne viendrait peut-être pincer et nouer au nombril ! Quelquefois un drap les enveloppait, quelquefois un bonnet leur était posé sur la tête… mais souvent, c’était la même vision d’horreur d’un petit corps parfois immature, sanguinolent comme un vulgaire rôti sur un étal de boucherie… C’était malheureusement souvent comme cela que le corps médical présentait ces bébés tant aimés à leurs parents.
 
Les enfants que j’avais vus en photo, curieusement je ne les avait jamais trouvés monstrueux à regarder, je n’avais jamais eu peur de ce que j’allais voir ; au contraire en chacun d’eux je discernais les traits de beauté chers à leur maman qui m’en avait tant parlé, je voyais ces visages et je me disais : elles ont une photo, une preuve que leur enfant a existé… ces enfants si magnifiques d’avoir vécu…
 
Quant à ma fille, je l’avais vue « en vrai »… mais seul son visage dépassait d’un drap enroulé autour d’elle. Je savais que sur la photo il pouvait y avoir son corps en entier, ou sa tête découverte… on verrait alors les cheveux, les cheveux qu’il lui restait après s’être pelée le crâne dans le détroit de mon bassin ; on verrait l’un de ses yeux qui était resté ouvert, crispé dans les derniers instants de vie ; on verrait sa peau rougie, son corps vidé de son sang ; on verrait peut-être des tâches de liquide amniotique sur un drap, pleines de ce sang et de ses cheveux noirs… oui, ce serait extrêmement difficile à voir… j’imaginais sans cesse à quoi pouvait ressembler cette photo… ces images fantasmées me hantaient continuellement… je me demandais sans cesse si je serais un jour capable de les voir, si cette photo n’allait pas gâcher le merveilleux souvenir de mon bébé, si je n’allais pas revenir en arrière sur le traumatisme que j’avais subi et si cette photo n’allait pas me faire replonger dans la dépression…
 
Mon séjour sur le continent approchait ; je me demandais chaque jour si j’allais oser prendre un rendez-vous pour demander cette photo. Je m’imaginais en train de prendre ce rendez-vous, être devant le médecin et lui extorquer coûte que coûte le cliché, je me voyais me battre pour cet objet tant convoité, je voyais le médecin me remettre l’enveloppe et moi la serrer contre moi, je me voyais l’ouvrir plus tard et sentir à cause du choc le cœur heurter contre ma poitrine… Et bien sûr, dans le même temps, j’avais peur d’être déçue, peur de ne pas avoir de photo et de repartir une fois de plus les bras vide… et puis tout bêtement la peur de ne pas avoir la force de me battre et de m’imposer face aux « médecins-tout-puissants »…
 
 
Les jours passaient, mon voyage était dans moins d’une semaine et je n’avais toujours pas décroché le combiné de mon téléphone. Les jours défilaient : un jour de plus, un jour de plus, un jour de plus…
Publié dans : les étapes du deuil - Par caroline - Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
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