C'est ainsi que lorsque l’hypothèse d’une quatrième grossesse s’était présentée, j’avais été prise d’effroi.
Un accident de contraceptif était survenu alors que mon fils n’avait que 13 mois… les règles en retard, l’attente, l’achat du test de grossesse, et la
peur.
Devant mes yeux avait défilé toute mon histoire : la fausse-couche, l’attente, la
grossesse de ma fille et son décès, l’accouchement, l’attente à nouveau, la grossesse de mon fils, le deuxième accouchement, l’allaitement de longs mois… j’avais réalisé d’un coup que pendant
trois ans, j’avais passé le temps à être enceinte ou à attendre de l’être ! Et en plus je ne comptais pas dans ce temps les 9 mois
d’allaitement !
J’avais réalisé que ces trois années avaient été trois années
difficiles, et même trois années de sacrifice.
J’avais tout sacrifié :
Mon corps d’abord, qui gardait encore les stigmates de ces deux
grossesses « à terme » si rapprochées ; mon ventre si difficile à remuscler, mes kilos pris en trop grand nombre à cause du stress, mes seins ramollis d’avoir enflé et
désenflé si souvent ; mon sexe aussi, meurtri de deux épisiotomies et transformé par ces deux accouchements…
Mes envies que j’avais mises de côté : envies de gym et de jogging (trop de risques de fausse couche !), envies d’alcools et de fête, de bon vin à table (trop de risques
évidemment !), envies de charcuteries, de saumon fumé et de foie gras (trop de risques de listériose !)
Trois ans de frustrations mais aussi trois ans de stress : stress que la grossesse n’arrive jamais, stress que la grossesse ne finisse pas en fausse-couche, stress que l’enfant naisse vivant
et en bonne santé…
Trois ans qui sur le coup m’avaient paru difficiles à vivre, trois ans très long en tout cas, mais trois ans dans lesquels je n’avais pas eu l’impression de m’être sacrifiée ; j’avais mis
mon moi de côté, mon ego et mon corps car une seule chose importait et sur laquelle je me concentrait : avoir un bébé vivant !
Mais ce jour-là, seule dans mes toilettes à contempler ce test de grossesse, j’avais réalisé que cela faisait à peine 6 mois que j’avais sevré mon fils et que je profitais à nouveau de la vie
pour moi seule, que je refaisais du sport, que je rebuvais de l’alcool dans les soirées et dîners entre amis, que je reprenais possession de mon corps, que j’étais libre dans ma tête et que je
n’avais qu’une seule chose à faire : profiter de la vie et de mon fils, malgré tout.
Le test de grossesse fut négatif et j’en fus immensément soulagée. D’avoir compris et réalisé d’un seul coup que je m’étais sacrifiée, je ne m’étais pas sentie prête à me « sacrifier »
à nouveau. Je fus soulagée parce qu’après ce que nous avions vécu, je n’aurais pas eu le cœur de subir un avortement ; alors j’aurais gardé l’enfant, je l’aurais pris comme un cadeau et
l’aurais aimé tout de suite… mais je sais que j’aurais eu peur à nouveau pour lui, que je me serais mise de côté pour le « couver » et que cela aurait très dur pour moi, certainement
trop dur.
Je n’étais pas prête. Contre toute attente, je n’étais pas prête à avoir un autre enfant.
Quand on a enfin eu un enfant vivant, quand on a enfin rejoint la "normalité" admise par ce monde, on change. Sans oublier,
sans arrêter de souffrir du passé, on change dès le moment où le "bébé-espoir" respire son premier air, posé sur vous. On se met à dire des choses comme les autres femmes du genre "oh, pour le
petit frère ou la petite soeur, on verra...!" ; tout est différent.
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