Je l’attendais depuis longtemps et elle n’arrivait pas ; je sentais bien qu’il y avait quelque chose au fond de moi qui commençait à remuer, un peu plus tous les jours. C’était ça et je le savais : le manque qui s’accumule au fil des jours jusqu’à ce que quelque chose le fasse resurgir.
Je vivais biences derniers temps, heureuse malgré les souvenirs terribles et la tristesse de ne pas la voir grandir ; je me sentais quand même épanouie avec mon fils, j'arrivais à ne rien regretter et je me sentais maman à cent pour cent. Je me disais souvent que j'allais presque trop bien.
Ce jour là, je ne pensais pas que cela aurait pu m’arriver parce qu’il faisait beau et que j’avais bien commencé ma journée ! Et puis le téléphone avait sonné ; au bout de la ligne, c'était une amie très chère qui m'annonçait une heureuse nouvelle.
Elle venait d'accoucher, avec un mois d'avance, d'une petite fille.
Je fus très heureuse pour elle, une joie sincère m'avait envahie et je l'avais félicitée chaleureusement. Ce bébé était ce qu'il lui fallait depuis toujours et je me réjouissais du bonheur que cette fillette allait apporter dans son foyer. C'était aussi les souvenirs de mon propre accouchement qui m'avaient émue sur le moment ; les mêmes circonstances : perte des eaux, accouchement sans péridurale, la douleur et au bout quand cela cesse, ce petit corps contre le notre, le coeur éclaboussé de joie !
Et puis comme moi, tout le temps de la grossesse, elle avait refusé de connaître le sexe du bébé ; tout comme moi, elle s'était préparée aux deux. Le hasard avait joué son rôle. Et là c'était une fille.
Lorsque je raccrochais, je me rendis compte que mes sentiments avaient évolué rapidement et dangereusement ; la tristesse approcha si vite que quelques secondes plus tard, sans l'avoir vue venir, je me retrouvais à pleurer dans la salle de bain une fois mon fils déposé dans son tapis de jeu... Je ne pouvais retenir mes yeux de couler, je m'entendais sangloter et je ressentais à nouveau cet atroce vide au creux du ventre ; j'eus alors une vision de ma fille, de mon bébé ; une vision presque nette : le souvenir de notre rencontre ; je me revis tout à coup allongée sur ce lit d'hôpital... mon mari à côté de moi, la sage-femme qui nous présentait notre bébé toute emmitouflée dans un drap blanc ; je revis mon mari la déposer à mes côtés, je me revis l'embrasser... Je ressentis à nouveau cette ambivalence, cette joie intense de voir enfin son enfant et la douleur de le savoir mort...
Tout était remonté à la surface avec une limpidité sans pareille, je n'en revenais pas... moi qui avait tant de mal à me rappeler ! Cette fois-ci je n'avais eu à faire aucun effort ; en effet tout était bien gravé, méticuleusement, dans mon âme.
J'eus du mal à me calmer, à sécher mes larmes, j'eus réellement beaucoup de peine et cela faisait longtemps que cela ne m'était pas arrivé. J'enrageais aussi de ne rien avoir vu venir, je pestais aussi contre moi-même de m'être apitoyée sur mon sort... Et enfin, j'étais triste tout simplement à l'idée de penser que des expériences comme celles-ci, j'en vivrais toute ma vie et que cela ne s'arrêterait jamais.
Heureusement la vie repris le dessus, comme à son habitude ; je vis mon fils arriver vers moi à quatre pattes, si fier de lui de venir seul jusqu'à moi ; je séchais alors mes larmes et devant mon fils mon sourire revint. Oui, je pensais, les enfants ont ce pouvoir que de faire oublier les misères d'un seul éclat de rire.
j'ai connu ce type de rechute, non par l'annonce d'une naissance qui, bizzarement me laissait de glace, mais beaucoup plus tard, par la chanson de céline Dion "vole", je pleure encore, mais moins violemment, ces larmes sont salutaires, elles te rappellent, certes, un "malheur", mais elles sont également un rappel, qui deviendra un compagnon, que tu pourras gérer, au fil du temps, avec moins de violence, mais de la sérénité, et même de la douceur et de la tendresse, bisous
PASCALLE
la chanson de céline dion est donc ta madeleine de proust... à vrai dire, j'ai aussi la mienne : mes aiguilles à tricoter : dès que je les ressort, je repense à cette écharpe que je venais de finir de lui tricoter et que je lui ai laissé pour toujours...
tu as tellement plus d'expérience que moi, les années ont fait leur travail et te permettent de mieux gérer que moi... !
je t'embrasse
C'est très beau... J'ai eu le sentiment de me voir... Oui cette douleurs est toujours là, au creux du coeur... Mais oui un sourire et tout s'envole... Même si ce n'est que pour quelques temps c'est toujours ca....
Et en même temps je ne veux pas oublier, c'est tout ce qu'il me reste de mon fils...
Je t'embrasse
heureusement que nous avons nos enfants, bébés de l'espoir, pour nous aider à traverser ces moments ; sans eux, je sais que ce serait plus difficile, il y aurait la rancoeur, sans doute, et un manque, un vide encore plus grand.
amitiés, Marielle, je vous embrasse ta fille et toi ainsi que ton petit ange !
je t'embrasse bien fort caroline...vraiment du fond du coeur
maria maman de l'ange emma clara
c'est rare que je sois aussi touchée parce que je lis ! mais là l'espace d'une seconde j'ai ressenti un peu de ta souffrance à travers ces mots !
je reviendrai
kisss
Je suis tellement émue par ton histoire... et par ton courage...
A bientot,
Ingrid
merci Ingrid, je te sais en mal d'enfant... je te comprend, je sais combien l'attente est longue ! je ne peux que te dire de te laisser porter par la vie, lui faire confiance et la laisser prendre les décisions pour nous ...
à bientôt sur ton site, je te lis déjà régulièrement
Chère Caroline, vous me demandez ce que je pense de votre site ... j ai les yeux tellement pleins de larmes, tous ces enfants, tous nos enfants, je les imagine heureux, dans la douceur de la musique que vous avez choisie, et en meme temps, je suis triste et votre douleur parle tant à la mienne !! Après Marie-Kerguelen, moi j'ai perdu 3 autres bébés. Rafaël, l été dernier. Rien sur la terre sur quoi me raccrocher, à part cette sérénité rayonnante dont je parle dans mon livre et dans laquelle je me laisse bercer quand j en ai besoin. Je vous embrasse affectueusement, vous et votre petit homme.¨
Pardonnez moi, je mettrai les extraits sur mon site dès que le texte sera protégé.. 10 jours encore.
effectivement, à quoi se racrocher quand on a perdu tout ce qui était cher à nos yeux ? j'ai envie de dire à notre mari ou compagnon... mais je sais que c'est difficile !
à bientôt et courage, chère Gaëlle
a bientot j'espère.
virginie et ludovic, parents de Mélia, née le 28 juillet 2007 et décédée le 09 aoùt 2007...