Mai 2003 : Nous nous marions... bonheur et espoir : pour nous c'est le moment tant attendu pour faire un enfant, alors
j'arrête immédiatement la pilule.
Octobre 2003 : Je suis enceinte pour la première fois et je n'arrive pas à croire que nous allons être parents, nous en
informons toutes nos connaissances tellement nous sommes heureux !
Décembre 2003 : Nous nous rendons à la première échographie (12 semaines d'aménohrée) et sommes impatients de voir notre
bébé... cruelle déception, l'embryon ne s'est pas développé et nous ne voyons qu'un sac ovulaire vide à l'écran... Nous attendons une fausse couche naturelle qui ne vient pas, et une semaine plus
tard, le 12 décembre, c'est un curetage qui m'attend.
Mai 2004 : Après beaucoup de chagrin de ne pas avoir vraiment été enceinte d'un bébé, nous retentons l'aventure : après
plusieurs mois d'essais infructueux et de déceptions, je retombe enceinte pour la deuxième fois. Prudente, je décide d'attendre la première échographie pour me réjouir et annnoncer
la nouvelle.
Juillet 2004 : Première échographie, c'est avec un bonheur intense que nous découvrons à l'écran notre premier bébé ; mais
la mesure de la clarté nucale est mauvaise (7,7mm) et ma gynécologue m'encourage fortement à passer une amniocentèse... elle essaie de ne pas trop nous alerter pour le moment et même si nous
sommes un peu inquiets, nous sommes quand même confiants.
Septembre 2004 : Les résultats de l'amniocentèse arrivent enfin : le cariotype est normal et nous attendons une
petite fille... un bonheur intense nous envahit ; nous sommes soulagés et pouvons enfin annoncer la grossesse. Peu de temps après, je sens les premiers mouvements de ma fille. Dès ce moment, je
suis persuadée que rien ne peut nous arriver.
Novembre 2004 : Devant une extrême fatigue et de nombreuses contractions, je suis forcée au repos complet. Ma gynécologue
me donne un traitement qui a l'air de fonctionner et nous sommes certains que tout ira bien.
Décembre 2004 : Après quelques jours de fatigue intense, je suis inquiète, un dimanche, de ne plus vraiment sentir bouger
mon bébé ; j'en suis à 6 mois et demi de grossesse. J'essais de me raisonner, mais après plusieurs heures et des tentatives de relaxation, rien n'y fait et je demande à mon mari de
m'emmener à la maternité car je me sens très angoissée. Arrivés à la maternité d'Aix-en-Provence, on entend le coeur de notre bébé au monitoring mais on décide de m'hospitaliser pour menace d'accouchement prématuré et hydramnios (excès de liquide amniotique). C'est le début des
perfusions de salbumol (anti-contractant). Le soir même, une échographie décèle un épanchement de liquide dans le thorax de ma fille ; il y a également des traces de quelque chose d'inconnu dans
le foie : on me rassure en me disant que c'est sans doute un virus sans gravité qui cause ce petit souci.
13 décembre 2004 : Après la nuit passée seule à la maternité d'Aix, on me transfère dans le service des grossesses à
risques de L'hôpital Nord de Marseille. Je commence à croire qu'il se passe quelque chose de grave et malgré les paroles réconfortantes de l'ambulancier, je pleure déjà toutes les larmes de mon
corps dans l'ambulance. Dans la journée, une autre échographie nous apprend que notre bébé est en fait en souffrance foetale, que son coeur et ses poumons sont comprimés par l'excès de liquide
(hydrothorax). Les médecins ne savent pas de quoi il peut s'agir ; on me fait mille prélèvements pour trouver la cause de ce souci... On me prévient alors qu'il y a des chances que mon bébé
arrive bien plus tôt que prévu et on me fait des piqûres de corticoïdes pour faire maturer les poumons du bébé "au cas où"... Moi je ne sens toujours pas ma fille bouger, et avec mon mari nous
entrons alors dans une grande angoisse.
14 décembre 2004 : Après une échographie catastrophique le matin sur laquelle notre bébé est complètement immobile et
mourrant, les médecins décident de tenter une ponction dans l'après-midi afin de soulager le coeur de ma fille et de prélever du liquide amniotique afin de me soulager aussi. Ils espèrent
découvrir la cause des problèmes en analysant ce liquide. On nous prévient que ce type d'intervention peut être fatal au bébé et que s'ils voient le bébé flancher, ils tenteront une césarienne
pour le sauver... on m'annonce un très mauvais pronostic, peu de chances de survie et des risques de séquelles graves et irréversibles... Avec mon mari nous ne pouvons plus réfléchir et la
peur ne nous quitte plus. Vers 14h, on me descend au bloc et on intervient sur mon corps ainsi que sur celui de mon bébé... Après la ponction réalisée sans anesthésie, très désagréable voire
douloureuse et d'une longueur interminable, le médecin vient se pencher sur mon oreille : il m'annonce que mon bébé est mort sans doute quelques minutes avant de faire la ponction...
qu'ils sont désolés, mais qu'ils ont fait les prélèvements quand même dans l'espoir de découvrir ce qui s'est passé. Je suis abasourdie ;
je crois que l'on va me faire une césarienne pour faire "volatiliser" mon bébé, mais on m'annonce que j'accoucherai normalement. Les médicaments pour stopper les contractions sont arrêtés, on me
donne le R.U. pour faire travailler le col et on m'annonce un déclenchement quatre jours plus tard si rien ne vient naturellement.
Du 14 au 18 décembre 2004 : L'attente, la valse du personnel hospitalier qui nous avertit de toutes les modalités
concernant le décès in utero : la volonté de voir notre enfant ou pas sachant que son corps aura subi des dégradations inéluctables, la reconnaissance légale et la mention sur le livret de
famille, l'autopsie fortement conseillée pour les grossesses futures, le devenir du corps, le don à la science... Pendant ce temps, je me gave d'homéopathie pour faire mûrir le col, je marche,
certaines contractions douloureuses apparaissent... Les gens viennent nous rendre visite pour nous soutenir et je les accueille avec mon ventre rond et inerte. Avec mon mari, nous sommes
anesthésiés par la douleur.
18 décembre 2004 : Le jour du déclenchement, la maternité est saturée de naissances alors on me fait patienter. Le matin,
le col est ouvert à 3 malgré des contractions peu intenses et espacées. Nous patientons toute la journée jusqu'à ce que vers 18H on vienne m'examiner afin de commencer le déclenchement. Cela se
fera naturellement car le col est à 5 et on m'installe en salle de naissance. Vers 20h30, la sage-femme perce la poche des eaux ensanglantées et les contractions prennent une intensité
fulgurante. Fatiguée et épuisée moralement, je ne peux pas supporter la douleur bien longtemps et demande une péridurale. Le temps qu'il arrive, le col a progressé à 9, mais l'anesthésiste, trop
zélé, m'administre tout de même une dose de cheval par rachi-anesthésie. Le résultat est catastrophique puisque je ne sens même plus mes jambes et que je ne ressens pas le besoin de pousser...
C'est donc au prix de nombreux efforts et de concentration, aidée par les sage-femmes qui poussent sur mon ventre, que j'arrive tout de même à mettre au monde notre fille à 23h45, dans un silence
épouvantable. On nous l'enlève tout de suite et ce n'est que deux heures après que nous pouvons enfin la voir, quelques minutes à peine, emmitouflée dans une couverture, avant de la laisser
partir pour toujours. Nous laissons le soin à l'hôpital de l'incinérer et de disperser ses cendres dans leur jardin du souvenir ; en effet, nous sommes pour l'incinération pour nous-mêmes et nous
ne nous sentons pas la force de ramener le corps avec nous et d'organiser un enterrement. Née à 31 SA, notre fille figure dans notre livret de famille, heureusement.
Janvier 2005 : Nous décidons de déménager pour recommencer une nouvelle vie ailleurs car l'ambiance de notre maison en
pleins préparatifs pour l'arrivée du bébé me pèse trop. Mon mari demande sa mutation pour la Corse. Je ne peux plus sortir de chez moi car je pleure du matin au soir.
Février 2005 : Les résultats d'autopsie nous parviennent enfin : la cause du décès de notre bébé reste inconnue. Les
médecins ne savent même pas si cela est génétique ou pas. Ils parlent d'un "accident de parcours" mais ne peuvent pas non plus nous assurer que cela ne se reproduira pas.
De mars à juillet 2005 : Une psychothérapie m'est nécessaire pour m'en sortir et pour apprivoiser ma peur de
l'avenir ; je me sens traumatisée. De ma fille il ne me reste rien alors j'entreprend des démarches pour obtenir une photo ; je récupère mon dossier médical dans lequel il n'y a rien et je
vais jusqu'à demander au centre d'autopsie... malheureusement toutes les photos ont disparu (par un curieux hasard) et je ne dois me contenter que d'un dossier qui m'apprend que ma fille
présentait de nombreuses petites anomalies dont on ne m'avait pas parlé. Je dois faire mon deuil cependant. Il me faut beaucoup de temps pour retrouver du plaisir à vivre. Depuis le mois de
janvier, j'essaie de retomber enceinte mais rien ne vient et cela me désespère.
Août 2005 : Je vais bien mieux grâce à mon psychologue, je me sens capable de vivre normalement sans elle et je décide de
mettre de côté mon désir d'enfant pour l'instant. Un mois après avoir recommencé à "vivre" et retrouvé mon équilibre, j'apprends que je suis à nouveau enceinte...
Octobre 2005 : La mesure de la clarté nucale de ce bébé est bonne. Je décide de refuser le tri-test car je ne veux
pas d'amniocentèse : dans mon esprit, cela ne sert à rien et je prend le risque. Tout le long de cette grossesse, je dois jouer avec mes peurs et mes angoisses.
Janvier 2006 : Nous déménageons à la fin du premier trimestre de ma 3ème grossesse : je vais pouvoir vivre sereinement le
fatidique 7ème mois.
26 Mars 2006 : Presque 3 ans après notre mariage, 15 mois après la mort de notre fille, je donne le jour à un magnifique
petit garçon plein de vie, un dimanche matin dans une chambre baignée de soleil.
Depuis, nous vivons dans le bonheur de le voir grandir et la sourde douleur du souvenir de sa grande soeur.
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